✝ Gloom in Bloom IV ✝

24 novembre 2012

Collapsus Interruptus

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Vanités Parisiennes
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À tâtons, j'enfile mon t-shirt Manson étiré, miteux, celui qui date d'avant les premiers armageddons. Assise au bord du lit, je retiens ma respiration. Un léger gémissement dans la pénombre. Il dort. Je glisse hors des draps, aussi silencieusement que possible ; je ne distingue pas mon bras tendu. Mur. Étagère. Sac. Angle. Porte. Poignée. J'y suis presque.

"Qu'est-ce qu'il y a? T'as trop chaud?"

...Merde.
Je retourne sous la couette, penaude.

- J'ai pas vraiment sommeil...
- Essaie de dormir un peu quand même, pour être en forme demain, d'accord?
- Mmh.

Je me retourne vers le mur, les paupières douloureuses, la gorge sèche de fatigue. Au lieu du fil de pensée lâche et éthéré de l'endormissement, un solide mal de tête, la pression des démons qui s'agitent sous mon crâne... J'ai envie de prendre mes affaires et de me tirer...

Le sanglot qui m'étouffe point par petits soubresauts de ma cage thoracique. J'enfouis mon visage dans l'oreiller lorsqu'il se penche vers moi.

- Vickie... non, qu'est-ce qu'il y a?
- Je sais pas.
- Il doit bien y avoir quelque chose.
- Je sais pas... je suis...

Les larmes affleurent et roulent en flot continu à présent. Je suis misérable. Je suis désemparée.

- Je suis fatiguée de vivre.

Il me prend dans ses bras.

- Je veux dire, ça fait longtemps que c'est là. Je vois même plus l'intérêt d'essayer de continuer. J'ai tout le temps l'impression que personne ne m'écoute, mais c'est juste que j'ai plus rien à dire.
- Dis pas ça.

Le visage inondé, j'ai l'impression qu'il me berce doucement. Un fond diffus d'after-shave se mêle aux mèches désordonnées. Je me sens ridicule, encombrante et pataude contre son torse osseux, mais je sais que j'ai besoin d'être câlinée.

- Je t'adore, vraiment, et même si en général t'es plutôt joyeuse quand je te vois, je sais que tu portes beaucoup de choses... Je m'attendais juste pas à ce que ça se manifeste aussi... brutalement. Mais craque, si tu as besoin d'évacuer la pression. Moi, je te jugerai pas.
- On juge toujours. T'as juste décidé que tu serais de mon côté.

Weeping
Weeping
Je n'ai même pas l'excuse de l'ivresse, rien que cette putain de lassitude.

Je ne pleure plus. Il ne me lâche pas ; la tête posée sur son bras, je réfléchis dans ma fatigue à ce minimum syndical de froideur que je m'impose. Je me méfie des étreintes et des intrusions sur mon espace vital qui ne mènent pas à la jouissance. Enfin, le plus souvent. Je suppose qu'à certaines personnes, j'accorde cette proximité, l'équivalent émotionnel de sexe pas safe du tout pendant les règles avec des plaies ouvertes dans des chiottes publiques.
Je l'accorde parce que j'en ai besoin.

Ne me lâche pas.

Ne me touche pas.

Je me recroqueville ; j'ai déjà un peu mal aux dents. Mais je ne pleure plus. Il doit être six heures du matin. Je couvre mon pied droit de la couette défaite et m'oblige à fermer les yeux, pour lâcher prise, pour m'endormir. Dans cette obscurité, ça ne fait pourtant aucune différence.

Ne me touche pas.

Ne me lâche pas.

Commis par La Deterree à 17:49 - 3 voix inquiétante(s)

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