✝ Gloom in Bloom IV ✝

06 juin 2012

G = 6,67 x 10^-8 cm^-3 gm^-1 sec^-2

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Deader Every Day
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mercur

M  E  R  C  U  R  I  U  S

 

''Come on... Come to me!''

 

C'est la voix qui, depuis des mois, tente de me tirer vers le haut.

Dans une petite salle du centre de Bruxelles, une petit attroupement guindé de corsets, de rayures et de bottes à plateformes s'est dispersé pour me laisser rencontrer la sainte patronne des bipolaires. Emilie Autumn, assise derrière sa table dans toute sa blonde gracilité, me regarde droit dans les yeux et tend les mains vers moi. Elle me prend dans ses bras, touche mon collier. Ce ne sont pas, cette fois, les paluches grasses de sinistres cons qui, dans la rue, s'aventurent à attraper la lanière de cuir qui excite leur curiosité ; ce sont les doigts virtuoses qui ont composé Face the Wall... Elle me dit que je suis une guerrière – tu le dis à tout le monde, Emilie... Étrange pourtant comme j'ai l'impression d'entendre la chose la plus sincère que l'on m'aie jamais dite. Elle ouvre de grands yeux lorsque je lui offre ma poupée à son effigie et mon exemplaire du Phèdre traduit par Ted Hugues. Touchée? Peut-être. Mon nom sur l'étiquette semble l'interpeller. Victoria. Forcément. En général EA se contente de signer de ses initiales et d'un coeur ; sur mon autographe, elle ajoute : ''To V. w/ all my everything!'' Je pose à côté d'elle avec un rictus nerveux, lui tiens une dernière fois les mains, puis laisse mes genoux me porter jusqu'au premier rang pour attendre le concert. Sous mon bras, sur la première page de mon digibook Laced/Unlaced, il y a quelques mots qui matérialisent ces heures, ces semaines passées à rechercher dans sa musique une voix amie. C'est quelque chose que jamais je ne tiendrai pour un mensonge.

 

''I just want to have a three-hour conversation with you... Let's be friends forever.''

 

sulfur 

S  U  L  P  H  U  R

 

''Ah, donc toi c'est Victoria? Celle qui a fait les traductions?''

 

C'est la voix qui, depuis des mois, m'accompagne toujours plus bas.

Dans une petite salle du centre de Bruxelles, légèrement à l'écart du public hétéroclite de Sol Invictus, je me tapis timidement derrière l'épaule de Schifeul. Devant moi, au stand de merch, T.H., le cerveau torturé de Diapsiquir. Je n'osais pas venir lui parler toute seule ; avoir traduit en anglais l'intégralité du dernier album de Diapsi ne me garantissait certainement pas un pass sympathie. Putain ce qu'il est grand. Du haut de ses deux mètres cinq, T. pose sur moi ses yeux constamment hallucinés. Le brouillard laiteux qui emplissait ma boîte crânienne jusqu'à présent commence à se dissiper ; le ventre sur la table, comme une gosse, les pieds en apesanteur, un siècle de questions se bouscule sur mes lèvres. La drogue le fait bégayer. ''La lumière... la putain de lumière.'' 1979. Trente-trois ans comme le Christ. Et il a quelque chose d'un nouveau messie ; une figure luciférienne toute de malaise, de substances et de maladie. Lui trouve que je ressemble à son ex. Ha. Je vois qu'on sait parler aux Marie-Madeleine. C'est une chaste étreinte, furtive et sincère, et une photo très réussie.

 

''96% d'entre eux ne comprennent pas ; puis dans la vie, on est toujours seul.''

 

600px-Earth_symbol 

S  A  L

 

Me revoilà. J'ai eu dix-neuf ans en mai. Mon corps l'a bien compris, puisqu'il a décidé de se suicider sans moi. J'ai l'impression bizarre d'avoir atteint un point de non-retour où, pour le restant de mes jours, je ne serai qu'un sac de nerfs en vrac et de petites plaies suppurantes, cheveux fragiles et dos courbé. À force de sommeil diurne, de démotivation, d'irresponsabilité et d'une peur tétanisante de l'échec, j'ai réussi l'exploit de ne pas valider mon année de khâgne, ce qui en milieu académique relève du Darwin Award. Mon mal-être se fait de plus en plus prosaïque. Ma dissonance avec le monde est une valeur numérique qui se compte en ECTS, en rouleaux de gaze, en frais médicaux, en heures perdues. Allongée dans le bordel innommable qui me sert de piaule, les yeux mi-clos la bouche ouverte, je regarde l'Occident sombrer. Merde. Encore quelques années à l'horizontale et je me transformerai en tortue géante nihiliste comme dans L'Histoire sans Fin. Dehors il y a mes potes, et un Coyote sans doute trop conciliant qui, pour un temps, consent à s'ennuyer avec moi plutôt qu'à s'ennuyer tout seul. J'ai toujours été d'une compagnie exquise, que voulez-vous.

 

 

...it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.

Macbeth

Commis par La Deterree à 13:06 - 1 voix inquiétante(s)

DISTANT NOISES OF OTHER VOICES

    QUAND EST-CE QUE TU POSTES
    La voix de Syx, 15 septembre 2012 à 00:49

Bureau des plaintes et récriminations