✝ Gloom in Bloom IV ✝

24 juillet 2011

Épique épique et quelques grammes

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Epic epic
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Le plan A était simple : récupérer-Nils-acheter-alcool-faire-la-fête-en-picolant.

Nils, ça fait environ quatre ans que je le connais ; la dernière fois que je l'ai vu, c'était lors d'une correspondance de train de vingt minutes dans sa ville, et à l'époque j'avais encore une frange et des bracelets à piques. Alors bon, pour notre premier été en tant que majeurs responsables, on s'était dit qu'il serait ô combien excitant de s'organiser un vikende ensemble sur Lille.

Pour diverses raisons, il m'était impossible de faire dormir ce viking à la chevelure opulente au Sanctuaire (mon chez-moi, chez mes parents). Qu'à cela ne tienne : on ira chez ma pote Sid. Après de chaleureuses retrouvailles à l'arrivée du train de Nantes en gare de Lille Europe, notre instinct de métalleux nous guide vers l'oasis le plus proche : le rayon alcool de Carrouf. Schifeul nous y rejoint par la suite (Schifeul s'en fout, il est un peu SxE - comme quoi ça arrive même à des gens très bien, ce genre de chose...). Une plâtée de pâtes au ketchup et quelques vinyles de Diapsiquir plus tard, nous décidons collégialement d'aller faire un tour au zoo de Lille. Le plus grand zoo gratuit de France, bitch please. Nous devisâmes ainsi gaiement parmi les singes, les lamas ("C'est quoi, c'est un lama? C'est marrant, il bouge pas du tout..."  "Ouais, c'est un peu le... le dalaï-lama."  "..."), les tortues géantes ("Hé, on mate Cannibal Holocaust demain?"), les serpents-rois, les rhinocéros et les renards volants. Les renards volants sont des chauves-souris particulièrement badass avec des têtes de canidés et une démarche d'arachnides. On apprendra de l'exclamation outrée d'une institutrice que "franchement, ça vous fait RIRE de voir un gamin tomber, vous avez rien de mieux à faire?!" Ah bah fallait le regarder à ce moment-là, madame, vous auriez trouvé ça drôle aussi. Même le gosse se marre. Vieille aigrie :')

Suite à notre safari, Sid nous rejoint. Big news : on ne peut pas dormir chez elle ce soir. Alors se profile à l'horizon Le Plan B...

Des amis à moi ont mis les voiles pour le Grand Nord il y a quelques mois ; j'ai d'ailleurs passé une nuit chez eux lors de mon voyage en Suède en mars dernier. Or donc, ils laissèrent derrière eux un loft des plus cosy, logé dans les briques rouges d'un espèce de hangar désaffecté de la banlieue lilloise (on en manque pas dans le Nord, ça donne un côté grunge tout à fait charmant), meublé et équipé comme si les propriétaires avaient dû fuir une invasion allemande. Loft dont j'ai la clé... On a une bagnole, un Mac et de l'alcool ; finalement, tout cela s'annonce fort bien, et nous nous rendons, le coeur en liesse, sur les lieux de nos futurs crimes. (I got a feeling, wooohooo, that tonight's gonna be a good night!) Bon. On arrive au loft. On pose nos affaires. Il fait faim pour Nils, Schifeul et moi et il fait nicotine pour Sid ; on laisse tout en plan, on referme derrière nous, on trace sur Lille pour nous restaurer et on revient. Je passe la clé à Sid, la porte est un peu difficile à ouvrir...

"PUTAIN MERDE j'ai pété la clé!"

Ah bah oui. Ah. Euh. Bon.

Je passe les détails MacGyveresques qui suivirent, dans notre élan désespéré pour récupérer le bout de clé réfractaire (et récupérer nos affaires, aussi). Disons juste qu'on a eu le temps d'appeler à l'aide le père de Sid, de faire la connaissance d'un hérisson perdu dans la ville, d'appeler les Numéros d'Urgences Improbables (allô Moondie?), de lutter au tournevis et aux ongles pour essayer d'ouvrir la porte, de niquer deux cartes scolaires et une carte fidélité Game, de plonger tête première dans une poubelle (j'ai adoré...) et de pleurer nos mères face à cette porte démoniaque, que par ailleurs on aurait pu défoncer d'un coup d'épaule suffisamment décidé. Enfin, si on avait pas été tous les quatre dans le rouge, quoi. Après une heure et demi d'acharnement, la serrure refusait de bouger d'un millimètre de plus. Suants, ensanglantés, vaincus, c'est finalement chez Sid que nous finirons la nuit - comme quoi, hein.

Il nous aura fallu, suite à une petite nuit de sommeil, appeler un serrurier (un samedi matin en juillet), faire trois fois le tour du pâté de maisons pour espérer trouver une autre entrée, téléphoner tous penauds aux propriétaires des lieux pour expliquer la situation, réveiller le voisin et son joyeux dobermann (bonjour, on voudrait passer par votre fenêtre...) et percer le chambranle d'une fenêtre pour finalement récupérer nos affaires et changer cette foutue serrure à la con. Monsieur le serrurier, si vous me lisez, nous vous sommes éternellement reconnaissants de nous avoir fait un prix, et j'espère que vous avez trouvé un billet de cent sur le chemin du retour. Bref. Une soirée riche en rebondissements à défaut de l'être en éthanol, et tout est bien qui finit presque bien.

Alors samedi soir, avec toute la fine compagnie des chevelus, on a calmé le jeu. Nous nous fîmes aimablement montrer la sortie du Carré (notre oasis, notre point de chute, notre rade de prédilection) après qu'un ami d'ami ait fait l'offrande du contenu de son estomac sur l'une des tables en bois (avant de réitérer, une fois dehors, dangereusement près de la voiture du bartender). Je propose de finir la soirée chez wam, tout en ignorant comment je vais faire dormir six mecs plus moi-même au Sanctuaire ; mais enfin, peu importe qu'on finisse la soirée en Tetris, pourvu qu'on aie l'ivresse. Et l'ivresse, on l'a.

Pisser sur un établissement scolaire catholique ("Hé, vous remercierez vos copains d'avoir pissé sur le lycée du bout de la rue! En général ils font ça sur notre garage..."). Gerbe. Surveiller deux hurluberlus complètement allumés qui courent dans mon quartier et se roulent sur le trottoir. "Hé j'vomis plus, j'peux venir chez toi du coup?" ; bon, bon, soit. Arriver chez moi, sortir les bouteilles. Re-gerbe ; ah bah c'est malin tiens. Discuter en anglais avec un russe, en buvant de la vodka au son d'un vinyle de Watain. Gerbe sur le matelas. Manu qui dégrise et revient boire avec nous en boxer. Nai en mode Nai, qui gère nos deux bourrés/malades à ma place ; certaines choses ne changent pas... Extinction des feux après qu'on aie bu presque tous ensemble. L'alcool monte brusquement (pas chez moi, une fois n'est pas coutume), nécessité de gronder mes invités comme des gamins turbulents. Tentative d'aller me coucher. Trente secondes plus tard, bruits de lutte dans la chambre d'à côté ("Je déteste qu'on me morde!!"). J'veux pas le savoir, tout le monde au lit et que je ne vous entende plus, sales gosses. Non mais.
Puis le lendemain, lever, glorieuses gueules de bois, voire retour de la gerbe alcoolisée (décidément). Câlins, au revoirs, à bientôt. On salue le Russe qui repart pour la Russie ; on raccompagne Nils et sa migraine à la gare. Mon étage sent un mélange d'alcool tiède et de fluides humains sauvages, mais ça n'entame pas ma bonne humeur. Soirée dans les règles de l'art. La routine, quoi.

J'espère que dans des années je serai toujours entourée de gens comme vous. Et de serruriers compétents.

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...Par ailleurs, la moitié des droits du titre de cet article reviennent à Emmanuel "Manu" C., jeune éphèbe aux longs cheveux soyeux et aux traits délicats, crédité au générique de nombreux gonzos allemands à succès. (Ca ira, comme copyright, espèce de nouille?)

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Commis par La Deterree à 16:13 - 0 voix inquiétante(s)

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